Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Fermeture 1er catégorie, 20 septembre 2020

Pages

Catégories

Publié par truitepassion.over-blog.com

Pour ce poème du mois d'Août j'ai choisi un extrait des pensées de Charles-Augustin Saint Breuve  ( ecrivain et critique littéraire Français 23-12-1804 / 13-10-1869) dans son livre pensées d'Août .

PENSEES D'AOUT

Assis sur le versant des coteaux modérés
D'où l'œil domine l'Oise et s'étend sur les prés ;
Avant le soir, après la chaleur trop brûlante,
À cette heure d'été déjà plus tiède et lente ;
Au doux chant, mais déjà moins nombreux, des oiseaux ;
En bas voyant glisser si paisibles les eaux,
Et la plaine brillante avec des places d'ombres,
Et les seuls peupliers coupant de rideaux sombres
L'intervalle riant, les marais embellis
Qui vont vers Gouvieux finir au bois du Lys,
Et plus loin, par-delà prairie et moisson mûre
Et tout ce gai damier de glèbe et de verdure,
Le sommet éclairé qui borne le regard
Et qu'après deux mille ans on dit Camp de César,
Comme si ce grand nom que toute foule adore
Jusqu'au vallon de paix devait régner encore !...
M'asseyant là, moi-même à l'âge où mon soleil,
Où mon été décline, à la saison pareil ;
À l'âge où l'on s'est dit dans la fête où l'on passe :
« La moitié, sans mentir, est plus jeune et nous chasse »
– Rêvant donc, j'interroge, au tournant des hameaux,
La vie humaine entière, et son vide et ses maux ;
Si peu de bons recours où, lassé, l'on s'appuie ;
Où, la jeune chaleur trop tôt évanouie,
On puise le désir et la force d'aller,
De croire au bien encor, de savoir s'immoler
Pour quelqu'un hors de soi, pour quelque chose belle.
Aux champs, à voir le sol nourricier et fidèle,
Et cet ensemble uni d'accords réjouissants,
Comment désespérer ? Et pourtant, je le sens,
Le mal, l'ambition, la ruse et le mensonge,
Faux honneur, vertu fausse, et que souvent prolonge
L'histoire ambitieuse autant que le César,
Grands et petits calculs coupés de maint hasard,
Voilà ce qui gouverne et la ville et le monde.
Où donc sauver du bien l'arche sainte sur l'onde ?
Où sauver la semence ? En quel coin se ranger ?
Et quel sens a la vie en ce triste danger ?
Surtout le premier feu passé de la jeunesse,
Son foyer dissipé de rêve et de promesse,
Après l'expérience et le mal bien connu,
Que faire ? Où reporter son effort soutenu ?
Durant cette partie aride et monotone
Qui, bien avant l'hiver, dès le premier automne
Commence dans la vie ; et quand par pauvreté,
Malheur, faute (oh ! je sais plus d'un sort arrêté),
Tout espoir de choisir la chaste jeune fille
Et de recommencer sa seconde famille
Dont il sera le chef, à l'homme est refusé,
Où se prendre ? Où guérir un cœur trop vite usé ?
En cette heure de calme, en ce lieu d'innocence,
Dans ce fond de lointain et de prochain silence,
La réponse est distincte, et je l'entends venir
Du ciel et de moi-même, et tout s'y réunir.
Oh oui ! ce qui pour l'homme est le point véritable,
La source salutaire avec le rocher stable,
Ce qui peut l'empêcher ou bien de s'engourdir
Aux pesanteurs du corps, ou bien de s'enhardir,
S'il est grand et puissant, à l'orgueilleuse idée
Qu'il pose ensuite au monde en idole fardée
Et dans laquelle il veut à tout jamais se voir,
Ce qu'il faut, c'est à l'âme un malheur, un devoir ?
DSCF8898

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article