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Fermeture 1er catégorie, 20 septembre 2020

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Publié par truitepassion.fr

Souvenir d'un pêcheur (par Dominique Baran).

GROSSE AFFLUENCE SUR LE MOULIN-NEUF

Enfin nous nous étions décidés…Cette ouverture 1992 se ferait en Limousin.

L’été précédent, mon frère et moi avions découvert des affluents de la Grande et de la Petite Creuse qui s’étaient montrés généreux en jolies truites.

Fuyant les hordes de pêcheurs pyrénéens, Marc (Marc Delacoste) nous avait rejoint.

« Tu verras, ici c’est le désert, le type de la Fédé a dit que les pêcheurs du coin étaient sur les grandes rivières alevinées en truites de cirque. On aura des kilomètres de ruisseaux et que des sauvages pour nous seuls. » Lui avais-je assuré.

Et nous voilà réunis en cette veille du jour J au gîte du père Marie. Le lieu quoi que fort charmant, était encore imprégné d’une vilaine odeur de chien mouillé en raison d’un locataire précédent à l’hygiène douteuse… Dans la bonne humeur et la rigolade nous nous étions affairés à un grand ménage.

Marc avait bien passé une heure ensuite à comprendre le fonctionnement du poêle à bois, qui une fois allumé, dégageait des nuages de fumée noire…

« C’est pas l’ tout les p’tits gars, si on allait reconnaître les parcours ! » avais-je déclaré un peu inquiet après le déjeuner. En effet les informations régionales venaient d’annoncer des rivières en crue en raison de pluies diluviennes les jours précédents.

Effectivement, en passant sur le pont enjambant la Creuse nous pûmes constater que les eaux couleur café au lait débordaient dans les prés. Heureusement, le ruisseau que nous avions en vue pour attaquer cette ouverture amorçait sa décrue avec une eau légèrement teintée. « C’est bon, dit Marc, demain le niveau sera idéal et puis on a de la chance, le temps est doux. »

La veillée se prolongea fort tard, les histoires de pêche et d’ouverture se succédant les unes aux autres dans un climat de forte excitation…

Je crois bien ne pas avoir fermé l’œil de la nuit. A cause de la tisane, je dus me relever plusieurs fois. Malgré bien des précautions pour descendre le vieil escalier en bois, les marches qui craquaient immanquablement mettaient chaque fois mes compagnons de chambrée en alerte. « C’est l’heure ? » grommelait Marc.

Enfin le puissant réveil sonna à 5 Heures précises. J’avais prévenu : « il vaut mieux être les premiers sur ce genre de parcours ! »

Il faisait encore nuit quand nous arrivâmes au pont du ruisseau du Moulin - Neuf. Aucune autre voiture n’était en vue, ce qui nous rassura. Nous avions convenu pendant le trajet de nous partager le parcours, Philippe et Marc pêcheraient au toc dans les gorges et moi au vairon manié dans les prairies.

 Silencieux, avec nos lampes frontales tels des soldats en expédition, nous suivions le sentier qui longeait le ruisseau. Au bois du Bouchet nous nous séparâmes. « Vous allez faire un carton vous les tocqueurs pyrénéens, mais faites gaffe à la descente, les rochers sont glissants! » leur criai- je.

Le jour pointait derrière les collines creusoises. Je décidai d’attaquer dans le sous bois juste en amont des gorges. Un fil barbelé tendu à fleur d’eau retenait un amas de branches sous lesquelles un courant vif avait néanmoins pu se frayer un passage. « Le poste idéal pour une belle truite… » Pensai- je.

Je laissai filer mon vairon sous les obstacles, l’animant légèrement de la pointe du scion. La touche ne se fit pas attendre, un peu molle cependant ; «  c’est le signe d’une grosse… »

Hélas je dus vite déchanter, car le poisson se laissa facilement extraire des entrelacs. Une fois sur la berge, quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’il s’agissait d’une truite de pisciculture aisément reconnaissable à ses nageoires rabougries et ses couleurs ternes. Dans le quart d’heure suivant, deux autres poissons identiques vinrent la rejoindre.

Alors que je m’apprêtai à changer de vairon, j’aperçus deux pêcheurs descendant le long du ruisseau. Leur matériel rudimentaire et surtout le lombric d’une vingtaine de centimètres dont était armé leur ligne ne laissaient guère de doute sur ce qu’ils recherchaient.

Curieux d’en savoir un peu plus sur la provenance de ces poissons, j’entamai la conversation. « Y a pas eu le choix, vu le niveau d’eau sur la Creuse on a aleviné les ruisseaux. » me répondit l’un d’entre eux.

C’était donc ça la raison de la présence de ces affreuses truites qui n’avaient vraiment rien à voir avec les magnifiques sauvages que nous avions pris cet été. Mais le pire m’apparut quand j’entrai dans le pré suivant : des dizaines de pêcheurs s’étalaient tous les vingt mètres : la vision cauchemardesque du pêcheur d’ouverture… Ca parlait fort. « Tiens r’garde celle là, j’la r’connais, on l’a mise y a deux jours avec l’Emile, elle a pas bougé ! »

Consterné et ne sachant plus quoi faire je décidai de remonter jusqu’au pont et d’attendre mes camarades, peut-être auraient ils eu plus de chance car généralement ce type de pêcheurs ne s’aventure pas dans des endroits aussi escarpés. Comme convenu, à onze heures je les vis arriver. Marc avait sa mine des mauvais jours. Je craignais le pire… « Des kilomètres de ruisseau pour nous seuls… ! » Me lança t-il furieusement.

Ils avaient bien pris deux sauvages sur les premiers postes mais avaient ensuite été devancés dans leur progression par des pêcheurs peu scrupuleux opérant en wading… Ce fut la dernière ouverture de Marc en Limousin… 

Photo & texte: Dominique Baran.           

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