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Fermeture 1er catégorie, 20 septembre 2020

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Publié par truitepassion.fr

La parole donnée

Flapy était un brave gars, pas bien courageux, même un peu fainéant, Il n'aimait pas trop le travail. C'était comme on dit chez nous un beausseigne. Il travaillait quand il avait besoin, jamais trop. Le dimanche il rendait service à l'aubergiste de St Ferreol, faut dire que le dimanche à l'auberge, après la messe y'avait du monde. Et l'aubergiste tout seul n'y arrivait pas et un pot ici, un griaton là, une avèze là-bas ... fallait courir de la cuisine au bar, du bar à la grande salle ....

Il comptait beaucoup sur le Flapy qui n'avait pas son pareil pour servir et puis Flapy avait donné sa parole d'être là tous les dimanches. Et la parole donnée en haute Loire, ... mais ça vous le savez déjà. Ce Dimanche, c'était le lendemain de la St Jean, point de Flapy. Faut dire que la veille il avait bien dansé avec les filles du pays et surtout il avait bien apeugé, par chez nous ça veut dire boire comme un trou. Il s'était réveillé tard, très tard, trop tard pour tenir sa parole.
L'aubergiste était furieux, quand il vit arriver Flapy, "ah!!!! te v'la toi , viens voir un peu, tu m'as fait raté la meilleure recette de la semaine, T'es qu'un bon à rien". Il était hors de lui et Flapy ne savait plus que faire pour se rattraper, "Viens dans la cuisine" parce qu'en haute Loire, les problèmes on les règle pas devant les autres.

L'aubergiste s'approche de Flapy et lui dit: " Pour demain soir, j'ai un repas à préparer et il me faut 20 truites et pas des petites. Débrouille toi comme tu peux pour me les apporter , et il se dit qu'il t'arrive même de braconner, alors si tu veux pas que tout St Ferreol sache que tu n'as pas respecté ta parole (et ça c'était grave pour sa réputation) tu me les apportes à l'heure.
Flapy rentre chez lui, pas très fier, il va ramasser de beaux vers, bien rouges dans son tas de fumier, regarde le ciel, hume le vent et rassuré sur le temps à venir va se coucher. Cette fois pas d'extra, il fallait se lever tôt pour ne pas perdre son honneur. Le lendemain, à bonne heure, il se lève, avale un grand bol de café noir, une tartine de pain beurré, prend sa canne, ses vers et le voila qui descend dans les gorges de la Semène.

Vous savez, cette rivière si belle et si terrible à la fois qui passe par Saint Ferréol et Semène. Aujourd'hui elle est en ordre pour pêcher, il monte sa canne, met un beau ver et commence sa pêche. Un trou: rien, deux trous: rien. trois trous: toujours rien, pas une touche. Y'a des fois, c'est comme ça, on a beau s'appliquer y'a rien à faire. Midi, toujours pas de poisson. Moins il attrape de truite plus il pêche vite. Plus il pêche vite plus il pêche mal, plus il pêche mal moins il attrape de poisson. L'après midi se termine, Flapy est arrivé au grand gours, celui qui est en dessous du pont du bouc.
Là, il jette son appât, désespéré, soudain sa ligne s'arrête, il ferre et ressent une grande secousse dans son bras. Il sent bien que c'en est une grosse. Après un long long combat elle s'est rendue, elle est belle !!!

Très belle dans sa grande robe noire et son collier de perles rouge, elle est si belle qu'il la regarde avec des yeux d'amour et qu'il a envie de l'embrasser. De toute façon c'est foutu pour le panier de truites. Ce soir ce sera sa honte. Flapi prend sa truite et avec d'infinies précautions la remet à l'eau, lui laissant le temps de reprendre des forces et la laisse repartir dans son élément. "Adieu la belle, bonne chance".

"Pour moi je crains qu'il soit trop tard.." Il replie son matériel allait repartir vers Saint Ferreol quand il vit revenir la truite à lui.
"Flapi, aujourd'hui tu m'as relâchée et je t'en remercie, je sais que tu as des problèmes et malgré ça ton geste montre que tu as du cœur, va voir l'aubergiste, tu verras que ton honneur sera sauf." Et, sur une dernière chandelle la truite disparait. Flapi, un peu abasourdi, repart en direction de Saint Ferréol, grimpe dans le chemin qui mène au plateau. Le soleil tapait dur, la fatigue de la journée commençait à peser. Flapi réfléchissait aux évènements. "Flapi mon ami, tu es mal parti, tu délire, la faim, le soleil t'ont rendu fou, tu as du rêver, une truite ça ne parle pas." et plus il montait sur le raidillon, plus il était lasse et plus son panier lui pesait sur le coté, comme le poids de sa honte.

Il arrive à St Ferreol, rase les murs et va pour dire à l'aubergiste qu'il ne peut pas honorer sa dette. Il entre à l'auberge, pose sa canne contre le bar, prend son panier et le met sur le zinc. Et la, que voit il: une, deux, trois, dix, vingt queues de truite qui dépassent, l'aubergiste le regarde avec un grand sourire. "Tu vois Flapi, quand tu veux ..."
Depuis ce jour Flapi, il fait très attention quand il donne sa parole. Et puis s'il court toujours les rivières, il ne prend plus de panier, c'est juste pour retrouver sa belle.

Texte et photo 

Jean Denis Pouget 

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