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Fermeture 1er catégorie, 20 septembre 2020

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Publié par truitepassion.over-blog.com

2017 ou le commencement de la fin pour nos cours d'eau ......

La période estivale 2017 aura été particulièrement tendue pour les milieux et la biodiversité aquatiques. La sécheresse, qui s’est abattue sur la quasi-totalité de la France, n’aura pas épargnée la région Auvergne – Rhône-Alpes dont l’ensemble des départements auront connu des arrêtés préfectoraux insuffisants à la limitation des usages de l’eau, des dérogations d’abaissement des débits réservés et provoquant des dégâts importants pour les peuplements piscicoles et les rivières. Retour sur cet épisode.

Quels sont les causes et les impacts de la sécheresse sur les milieux naturels ?

Les précipitations de l’automne et de l’hiver 2016 n’auront pas permis aux nappes phréatiques de se recharger suffisamment en eau pour permettre aux sols de résister à la sécheresse précoce de ce printemps, et ce jusqu’à l’automne 2017. La France, traverse depuis le mois de juin, une situation hydrologique inquiétante avec une sécheresse superficielle des sols et des sous-sols (nappes phréatiques) qui dépasse certains records. Les faibles pluies tombées durant l’été auront eu peu d’effets étant absorbées en priorité par la végétation ou en s’évaporant avec les fortes chaleurs. Les services météorologiques ont enregistré un déficit pluviométrique de 25% à 60% dans certaines régions telles que l’Auvergne - Rhône-Alpes et un déficit ayant atteint un niveau de 40% à 80% dans le Nord, la Provence – Alpes – Côte d’Azur et la Corse(1). Le BRGM (Bureau de Recherche Géologiques et Minières) évaluait en juillet que 74% des nappes phréatiques affichent un niveau bas voire très bas. Cette situation encore inédite pourrait devenir commune à partir de 2050 en raison du changement climatique.
A ce phénomène naturel s’ajoutent les pressions anthropiques liées aux usages domestiques, industriels et agricoles de l’eau qui représentent d’importantes pressions pour le milieu, à travers divers prélèvements effectués en surface et au niveau de la nappe phréatique.

Si la production d’électricité représente le plus important prélèvement d’eau, les besoins pour l’agriculture sont les plus impactant. Depuis la production intensive du maïs dans les années 80, les cours d’eau et les nappes phréatiques sont mis sous pression avec des volumes d’eau prélevés bien supérieurs aux capacités de recharge des milieux, 80% de ce volume prélevé est destiné à l’irrigation(3). Le recours à l’irrigation permet notamment de sécuriser les rendements agricoles face aux aléas climatiques, d’augmenter les rendements et d’améliorer la qualité des cultures.
Ces prélèvements sont d’autant plus impactant car ceux-ci représentent 80% des prélèvements concentrés sur les mois d’avril à septembre, le moment correspondant à la période d’étiage, c’est-à-dire le moment où le niveau des cours d’eau est le plus bas. De plus, une très faible part de l’eau prélevée est restituée au milieu, alors que 90% de l’eau prélevée pour la production d’électricité retourne au milieu naturel.
 

 

L’agriculture, particulièrement soumise aux aléas climatiques et aux précipitations, nécessite de plus en plus la mise en place de retenues collinaires ou de substitution pour palier à ce déficit pluviométrique et stocker l’eau, afin de constituer des réserves avant le printemps. Ces ouvrages ne sont pas non plus sans effets sur le milieu puisqu’ils ajoutent une pression supplémentaire sur le prélèvement de l’eau dans les nappes et les cours d’eau ainsi que sur le réchauffement de l’eau.
Si cette sécheresse naturelle pénalise en premier lieu les sols agricoles, les milieux aquatiques ne sont pas épargnés par les conséquences de ce déficit pluviométrique auquel s’ajoute les pressions des prélèvements anthropiques. Au cours de ces derniers mois, les acteurs de la préservation des milieux aquatiques (Fédérations de pêche, Agence Française pour la Biodiversité, associations environnementales…) ont constaté un asséchement partiel ou parfois total des rivières et des cours d’eau sur des centaines de kilomètres. Les poissons et autres espèces aquatiques (insectes, nénuphars, amphibiens…) se retrouvent alors piégés dans des flaques ou dans des cours d’eau à sec entraînant une mortalité de la biodiversité aquatique. C’est aussi le fonctionnement naturel du milieu, la morphologie des cours d’eau, le changement des paysages et l’attrait pour ces sites naturels, en tant que lieu de loisirs, qui sont impactés.
Quelle gestion de la ressource en eau en période de crise ?

Face à cet épisode de sécheresse, les pouvoirs publics ont dû prendre certaines mesures pour limiter la consommation d’eau potable en réduisant des prélèvements d’eau pour certains usages ou en en autorisant l’arrêt complet. Selon le site Propluvia(4), le 8 août 2017, les préfets de 82 départements sur 96 ont pris des mesures de restriction de l’utilisation de l’eau, tandis que 32 départements ont interdits tout type de prélèvement. Ce sont plus de 205 arrêtés préfectoraux qui ont alors été saisis pour préserver la ressource en eau. En 2016, à la même date, 29 départements étaient concernés par 72 arrêtés sécheresse.
Si l’action se joue localement pour gérer et préserver la ressource en eau, le gouvernement se saisit aussi de cet enjeu en proposant le 9 août 2017, un «plan national d’actions de gestion quantitative de l’eau». Présenté par le ministre de la Transition écologique et solidaire et le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, ce plan d’actions vise à apporter des solutions pour empêcher à long terme les situations de stress hydrique. Le gouvernement a ainsi la volonté d’encourager la sobriété des usages et des comportements ainsi que le développement d’une agriculture moins gourmande en eau afin de réduire la consommation de l’eau potable. Un deuxième « plan national d’adaptation au changement climatique » est également en cours de réflexion et devrait être présenté à la fin de l’année 2017, afin de mettre en œuvre des politiques de gestion de la ressource en eau adaptées aux évolutions du climat.

La gestion quantitative de la ressource en eau est un enjeu primordial pour préserver les milieux naturels mais aussi pour assurer de manière durable la consommation de cette ressource qui se raréfie. Plus loin que les mesures de restriction d’usage de l’eau en période de pénurie, la politique de la gestion de l’eau doit s’inscrire dans une démarche d’intérêt général et prendre en compte les changements de pratique à tous les niveaux, y compris pour l’agriculture, afin d’encourager un mode de développement compatible avec la préservation durable des milieux aquatiques et des ressources naturelles.

 

Quel rôle à jouer pour les structures agréées pour la pêche et la protection des milieux aquatiques dans la préservation de la ressource en eau ? Illustration avec la Fédération de pêche de la Drôme.

Au sein de la région Auvergne – Rhône-Alpes, l’ensemble des 12 départements ont été concernés par des mesures de restriction d’usage de l’eau entre le mois de juin et le mois d’octobre(4). Parmi les départements les plus impactés, la Drôme, l’Ain et l’Ardèche qui ont connu un niveau d’alerte renforcée dès la fin du mois de juillet. Dans certains départements, les fédérations de pêche ont joué un rôle d’alerte et de dénonciation auprès des pouvoirs publics (préfectures et directions départementales des territoires), en déposant des recours aux arrêtés préfectoraux, jugés non adaptés à la réalité du terrain, ou en interpellant les autorités compétentes par l’envoi de lettres ouvertes au Ministre de la transition écologique et solidaire. Tel fut le cas de la Fédération de pêche de la Drôme.
Depuis plus de 20 ans, le département de la Drôme est en alerte sécheresse dès le mois de juin. Les cours d’eau du département souffrent de sécheresses récurrentes auxquelles s’ajoutent des prélèvements importants liés à l’activité agricole du territoire. Cette année encore, plusieurs cours d’eau se sont retrouvés asséchés comme la rivière Drôme, en à sec sur près de 3km.  Les centaines de pêches de sauvetage, effectuées par la fédération de pêche, ont révélé que des milliers de poissons ont succombé au manque d’eau et aux températures trop élevées de l’eau. Ces poissons, piégés dans un niveau d’eau anormalement bas, n’ont pas pu rejoindre les zones les plus fraiches de la rivière, certaines passes à poissons se retrouvant également en à sec.
La rivière Drôme est pourtant une rivière au fort intérêt piscicole et environnemental avec sept espèces de poissons qui font l’objet d’une protection nationale, européenne et internationale, parmi elles, l’Anguille européenne et l’Apron qui sont en voie critique d’extinction. Malgré l’état critique de la rivière et des peuplements piscicoles, une révision du dernier débit réservé de 2,2m3/s de la rivière Drôme est portée par dérogation à un débit minimum à restituer au milieu de 1,7m3/s, soit un niveau inférieur au minimum légal prescrit par le code de l’environnement. La révision du débit réservé à la baisse permet les prélèvements dans le cours d’eau afin de satisfaire les besoins agricoles en irrigation, aggravants encore l’état du milieu aquatique. Des dérogations aux restrictions d’eau, demandant l’autorisation de prélèvements pour l’irrigation, ont également été accordées à la profession agricole quatre années de suite.
Les fédérations de pêche se battent quotidiennement pour la préservation des milieux, de la ressource en eau et pour la pérennisation de leur loisir. A travers leurs interventions sur le terrain pour la réhabilitation des milieux aquatiques, leurs suivis des peuplements piscicoles et de l’évolution de la qualité de l’eau ainsi que leur représentation dans les instances locales de gestion de l’eau, les structures associatives de la pêche sont à même d’apporter la connaissance technique et scientifique nécessaire pour permettre la prise en compte et la défense de la préservation des milieux aquatiques dans la décision politique.
Les fédérations de pêche attendent que les pouvoirs publics repensent la gestion de l’eau pour une gestion menée en concertation avec tous les usagers de l’eau, afin de préserver l’équilibre quantitatif des rivières et optimiser le partage de la ressource durablement. Elles attendent également que les autorités adoptent des mesures de restriction d’eau réactives et conformes à la réalité du terrain et qu’elles respectent la réglementation légale avec l’application de la loi sur l’eau et les milieux aquatiques de 2006 (LEMA).

Répartition des prélèvements d’eau douce en 2013 (2) : Alimentation en eau potable = 16 % des volumes prélevés (soit 5,3 milliards de m3) Besoins industriels = 7,9 % des volumes prélevés Production d’électricité et refroidissement des centrales nucléaires = 51 % du volume total prélevé (soit 17 milliards de m3), dont 90% de l’eau est restituée au milieu mais réchauffée. Agriculture et irrigation = 8 % des volumes prélevés dans le milieu (soit 2,6 milliards de m3)
 

Les arrêtés préfectoraux pour la restriction d’usage de l’eau peuvent s’inscrire dans quatre niveaux de gravité dont découlent des actions d’incitations à la préservation de la ressource en eau :

Niveau de « vigilance » = information et incitation des particuliers et des professionnels à économiser l’eau.

Niveau « d’alerte » = réduction de moins de 50% des prélèvements agricoles, interdiction à certaines heures d’arroser les jardins et de laver les voitures.

Niveau « d’alerte renforcée » = réduction de 50% ou plus des prélèvements agricoles et restriction des autres usages pouvant aller jusqu’à leur interdiction.

Niveau de « crise » = autorisation des seuls prélèvements prioritaires pour la santé, la sécurité ou l’eau potable.
Source ( Réseau pêche magazine, revue éditée par l’ARPARA, l’Association Régionale des fédérations départementales de pêche de la région Auvergne - Rhône-Alpes).

Terrible constat me direz-vous, mais quel moyen avons-nous devant cette crise. On nous demande d'être les gardiens des milieux aquatiques, mais nous n'avons que très peu de pouvoir devant les lobbies agricoles et autres. Pourtant nous luttons, mais quand nous faisons un pas d'autre en font dix en sens contraire c'est un peu David contre Goliath.

A cela vienne se rajouter le réchauffement climatique, le chamboulement météorologique et nous avons de plus en plus de période où il n'y a pas de pluie, où les milieux aquatiques souffrent et sont parfois condamnés à la mort.

Qu'allons-nous laisser aux générations futures ? Je me le demande !!!!!

J'ai bien peur que d'ici un siècle n'ayant plus de poissons et des cours d'eau pollués où disparu la pratique de la pêche ne se fasse plus que sur un simulateur ........

 

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Hervé 62 06/11/2017 20:22

Bel article.
Je transfere.

truitepassion.over-blog.com 06/11/2017 20:41

Merci .